2021/02/10: Le Soir: ‘OpenLux: les Diables ont un patrimoine de 18,5 millions logé au Grand-Duché.

L’air luxembourgeois a séduit 11 footballeurs belges. Eden Hazard y perçoit ses droits à l’image, Romelu Lukaku y a logé un bien
immobilier, et Thomas Meunier s’y construit un (début d’)empire.

S i le Luxembourg pouvait composer son équipe nationale en faisant sa sélection parmi les footballeurs qui ont décidé d’y domicilier une société, il serait sans nul doute classé à une place plus flatteuse que le 98e rang Fifa. Rien qu’avec les Diables rouges qui disposent d’un établissement au Grand-Duché, le pays aurait de quoi mettre sur pied une équipe avec un sacré potentiel offensif. Car en passant en revue les fichiers OpenLux, Le Soir a pu identifier 11 joueurs belges présents au Luxembourg. Dans deux cas (Thibaut Courtois et Divock Origi), la société est aujourd’hui radiée des registres. Pour Nacer Chadli, elle vient d’être mise en liquidation volontaire. En revanche, pour les 8 Diables restants, les entités sont toujours en pleine activité. Au cumul, elles abritent un patrimoine de près de 18,5 millions d’euros, selon les bilans financiers les plus récents (voir le détail dans l’infographie ci-dessous).

Mais pourquoi la place financière luxembourgeoise séduit-elle à ce point nos stars nationales qui, lorsqu’elles ne portent pas le maillot
noir-jaune-rouge, préfèrent jouer pour le Real ou Manchester que sous les couleurs de Dudelange ?

Hazard le plus « bankable »

De l’analyse des 16 sociétés détenues par les Diables (Yannick Carrasco en possède 4 à lui seul), il ressort qu’il y a plusieurs raisons d’opter pour le Grand-Duché. Certains s’y évadent pour loger leur « propriété intellectuelle », ou « droit à l’image ». Exemple : pour utiliser la « marque » Eden Hazard dans une campagne de pub, il faut lui verser des droits de ce type. Les joueurs qui évoluent dans le championnat anglais reçoivent également une partie de leur salaire sous cette forme, qu’ils peuvent faire sortir du Royaume-Uni sans la moindre taxation. Et le Luxembourg est une destination rêvée, car il offre une exonération de 80 % sur la propriété intellectuelle. Au lieu d’être taxée à 25 %, la société luxembourgeoise le sera à un taux avoisinant les 5 % sur ce type de revenus. Alors qu’en Belgique, il faudrait payer l’impôt plein pot.

De Bruyne, Hazard, Lukaku ou Mirallas ont tous créé leur antenne grand-ducale à cet effet. Mais c’est – de très loin – la marque « Eden » qui est la plus rentable. Sa société a généré plus de 2,2 millions d’euros de bénéfice net sur la seule année 2018 (après avoir versé près de 450.000 euros d’impôts au Grand-Duché). Depuis son transfert au Real à l’été 2019, les affaires sont toutefois moins florissantes. « La crise sanitaire (…) n’a pas permis de réaliser certains aspects des contrats signés avec différents sponsors » et « les récentes blessures » pourraient « avoir un impact sur les contrats en cours », peut-on lire dans le bilan comptable.

De plus, cette ficelle fiscale ne va plus durer longtemps. Cette niche fiscale « prendra fin le 30 juin 2021. Sous la pression internationale, le Luxembourg a été contraint de supprimer ce régime », détaille Denis-Emmanuel Philippe, avocat spécialisé en droit fiscal belge et luxembourgeois chez Bloom-Law.

Meunier à l’assaut.

Mais ce n’est pas la seule raison qui pousse les Belges à opter pour le Luxembourg. Certains y créent une société qui héberge un bâtiment belge. C’est le cas de Marouane Fellaini, qui déclare que sa société possède « un immeuble sis à Liège ». Le Soir a également découvert que la propriété achetée par Romelu Lukaku en 2010, à Wemmel (pour l’offrir à ses parents), est logée dans une société luxembourgeoise, sobrement intitulée Wemmel Property.

Enfin, certains Diables ont créé une holding, très populaire au Luxembourg, d’où ils gèrent une série de participations. C’est le cas de Thomas Meunier. Il détient au Grand-Duché, via Mills Society, pas moins de sept sociétés belges. Les six premières sont liées au projet du défenseur de Dortmund de faire vivre un complexe commercial à Bastogne, place McAuliffe, avec rotisserie-traiteur, tea-room, marchand de glace et bar lounge. Mais le projet, lancé en 2017, s’est un peu cassé la figure depuis. Et les Bastognards s’inquiètent depuis trois ans de voir l’imposant complexe aussi vide que la société « boîte aux lettres » qui l’héberge. Nos confrères de Sudpresse annonçaient, en septembre dernier, que le projet pourrait « renaître de ses cendres », avec un concept fortement modifié. Notons que la société luxembourgeoise de Thomas Meunier détient également 50 % des parts de Play it Art. Cette société belge met sur pied des expositions d’artistes contemporains autour du ballon rond.

Que ce soit pour la maison des Lukaku ou la holding de Meunier, les éléments en notre possession ne permettent pas de comprendre avec certitude pourquoi le choix des Diables s’est porté sur le Grand-Duché. « Ceci étant dit, l’utilisation d’une société luxembourgeoise par des non-résidents reste fiscalement attrayante. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les chiffres que vous avez publiés dans l’enquête OpenLux. A titre illustratif, une société luxembourgeoise est souvent utilisée pour rapatrier des revenus vers des actionnaires non-résidents en exonération de toute retenue à la source au Luxembourg », commente Denis-Emmanuel Philippe. S’il est « en soi parfaitement légal d’utiliser une telle construction, il faut pouvoir démontrer que la société est effectivement administrée depuis le Luxembourg. Il doit y avoir de la substance (bureaux, personnel, véritable activité économique). De lourdes sanctions pourraient être infligées si le business n’existe que sur papier », ajoute le fiscaliste.

Il est également important de rappeler que « nos » Diables évoluent tous dans des championnats étrangers. Leur domicile fiscal n’est donc plus la Belgique. « Ils n’échappent donc pas au fisc belge, mais au fisc du pays où ils sont actifs comme footballeur professionnel », conclut le fiscaliste.

Journaliste: Xavier Counasse

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